Suite...  Moi Pablo le petit poney

Je suis né il y a déjà longtemps, je ne me rappelle  plus très bien quand. Cela doit faire de longues années déjà vu que je ne me souviens même plus de la couleur exacte de l'herbe. Je pense qu'il devait y en avoir car j'ai pu gambader aux côtés de ma maman et cela sentait si bon. Des oiseaux qui survolaient notre pâture, le soleil qui brillait et une vague odeur de fleurs et  de foin fraîchement coupé pour nous pour y vivre toute une vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du moins, c'est ce que je croyais à l'époque. Ma maman n'a jamais osé m' ôter mes rêves, elle qui était également une ponette de kermesse. Elle avait eu le privilège de goûter à cette brève  liberté car elle avait eu de graves problèmes dus au stress lorsqu'elle m'attendait. Le forain l'avait donc placée pour un court laps de temps chez un fermier qui avait bien voulu l'accueillir le temps que je naisse. Ne croyez surtout pas que c’était pour notre bien être mais par pur calcul. Perdre la ponette et son poulain engendrerait des frais plus importants que la mise au repos provisoire de ma maman.  Mon sevrage n’était même pas encore terminé lorsqu’ils , sont revenus la chercher et j’ai dû apprendre à me débrouiller.

 

Je me souviens d'une horrible et minuscule camionnette dans laquelle on l'a poussée de force, sans aucun ménagement. Elle ne voulait pas me quitter car elle connaissait la vie qui m'attendait moi aussi.  Je suis resté là à la regarder partir, longtemps, très longtemps  jusqu'à ce que ce ne soit plus qu'un minuscule point à l'horizon. J’étais désemparé   n’osant même pas rejoindre notre  abri de fortune tant j’avais peur de rater son retour. Elle me manquait tellement et j’étais encore si petit...!  

 

Un jour, la camionnette est ré-apparue et j’étais fou de joie. J’allais la revoir, me blottir contre son flanc, sentir la chaleur de son souffle contre mon corps de poulain… Mais non, ils étaient simplement revenus  pour me prendre à mon tour et m’emprisonner dans leur horrible manège forain. Ma maman, je ne l’ai jamais revue… !

 

Après des heures de route interminables, nous sommes enfin arrivés sur un champ de foire. Quelques roulottes semblaient animées par des rires et de temps à autre j’entendais des couinements de chiens qui s’échappaient de ci, de là… Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, ce qu’on allait faire de moi. On m’a tiré sans aucun ménagement pour m’attacher à une longue barre rigide. Quelques uns de mes compagnons d’infortune étaient déjà en place et formaient un cercle.  Dans leurs yeux je ne lisais que détresse et souffrance. J’avais de plus en plus peur et maman n’était pas là pour me rassurer.

 

J’étais seul, très seul… ! Peu de temps après, une musique tonitruante est sortie de nulle part

et nous avons commencé à tourner, tourner, tourner… Pas un seul moment de répit jusqu’au soir, sans boire ni manger, avec une selle sur le dos qui me semblait de plus en plus lourde, dans un vacarme infernal amplifié par le bruit de nos pauvres sabots martelant le sol, avec des  des enfants qui, régulièrement nous  bourraient les  flans. Heureusement que de temps à autre, une caresse amicale d’un bambin attendri nous donnait un semblant de réconfort atténuant ainsi notre désespérance à tous. Après ces heures interminables, le son de la musique s’éteint enfin, la foule s’en va pour  laisser un champ de foire vide de toute vie, hormis celle des forains, quelques chiens et la nôtre.

 

Pour la nuit, on nous a tirés vers un abri où nous sommes de nouveau attachés sur un sol de pierre avec pour tout repas, un peu d’eau et une infîme botte de paille.

Cette journée fut suivie de milliers d’autres parmi lesquelles j’ai vu  des compagnons tomber d’épuisement ou de maladies non soignées. Leur place restait vide quelques heures. Le lendemain un nouvel esclave prenait le relais. Eux, je ne les ai jamais revus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A chaque instant, j’espère m'envoler vers le paradis des poneys, là où les prairies sont vertes avec une délicieuse odeur foin fraîchement coupé et où les animaux connaissent enfin la liberté éternelle sans être victimes de la cruauté et de l’indifférence des humains. Là, je sais que je reverrai enfin ma maman, elle  qui m’attend depuis si longtemps!

Votre enfant apprécie le contact avec les poneys et les chevaux ? Emmenez-le dans un manège équestre mais ne contribuez pas au calvaire quotidien des pauvres poneys de kermesses ! 

© 2019 by Binôme Humain-Animal

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